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– Un décollage en cascade
Il y avait beau monde à l’aéroport international de Douala vendredi 4 mai, entre 20 heures et minuit. La fréquence des avions alterne entre le décollage des uns et l’atterrissage des autres. Par groupes, voyageurs et familles devisent sans cesse dans le hall principal. C’est dans cette ambiance carnavalesque qu’atterrit sans difficulté le vol KQ 507 de la compagnie Kenya Airways sur le tarmac de l’Aéroport international de Douala. Il vient d’Abidjan en Côte d’Ivoire et se rend à Nairobi au Kenya. Il est environ 21 heures ce jour. L’escale de Douala doit durer une heure et quarante-cinq minutes. Le temps pour les passagers en provenance d’Abidjan de débarquer et pour ceux en partance pour Nairobi d’embarquer. Le Boeing 737-800 qui assure cette liaison n’a visiblement pas de soucis. Tout se passe bien jusque-là dans le hall, les différents bureaux et salles de débarquement et d’embarquement de l’Aéroport international de Douala.
Les 105 passagers ainsi que les neuf membres de l’équipage ont pris place dans l’appareil. Le vol KQ 507 de Kenya Airways doit reprendre les airs à 22h45. A cette heure de la nuit, le Boeing 737-800 ne manifeste aucun frémissement. Les passagers, calmes, assimilent ce retard à l’habitude. Les familles encore dans les allées de l’aéroport, piaffent d’impatience de ne pas voir l’avion décoller. Et pourtant à l’extérieur, le temps orageux impose l’immobilisation des vols de Kenya Airways, Air France, Camair et Royal Air Maroc. A en croire Sama Ignatus Juma, directeur général de l’Autorité aéronautique camerounaise sur Rfi, c’est à 23h20 que le commandant de bord a demandé l’autorisation de la tour de contrôle de l’aéroport pour la mise en route des moteurs de l’avion. L’autorisation lui est accordée et il démarre les moteurs qu’il arrête 10mn plus tard, ayant constaté lui-même que la situation météorologique se détériorait. “ Il a attendu encore 17mn et a redemandé l’autorisation de redémarrer les moteurs. On la lui a accordée. Je crois qu’il a tout contrôlé ; il a aussi à bord le radar météo. Il a décidé de décoller ”, a précisé le Dg de l’Autorité aéronautique. Enfin, le Boeing 737-800 de Kenya Airways se lève vers le ciel encore farouche, sous les regards médusés des familles qui, par des gestes de main, disent au revoir à leurs membres. Il est environ minuit.
– Une disparition subite
Peu après le décollage du Boeing 737-800 de Kenya Airways, la communication devient impossible entre la tour de contrôle de l’Aéroport international de Douala et les membres de l’équipage du vol KQ 507. Combien de temps cela a-t-il fallu : deux ou cinq minutes ? Rien n’est encore tranché. Dans tous les cas, tout s’est passé en un laps de temps. L’avion ne signale pas sa position à la tour de contrôle de l’aéroport de Douala comme d’usage.
A 00h08 mn, la tour de contrôle fait un premier essai infructueux de contact radiophonique avec l’avion, selon Sawa, Ignatus Juma. Toutes les autres tentatives de la tour d’entrer en contact avec l’équipage de l’avion seront vaines, selon les techniciens en faction cette nuit-là. Ils gardent la tête sur les épaules et vaquent à leurs occupations. Personne ne panique. Puisque plus tard, Air France, Royal Air Maroc et la Camair décollent à tour de rôle.
Mais, plus les minutes s’égrènent, plus la situation du Boeing 737-800 de Kenya Airways devient préoccupante. Près d’une heure après, le vol KQ 507 ne donne signe de vie. Son système de communication est-il devenu défaillant ? A la veille de l’ascension, le Boeing 737-800 a-t-il amené ses occupants au Ciel à l’image Jésus-Christ ? Black out total.
Au bout d’une longue attente sans réponse, la tour de contrôle de l’Aéroport international de Douala prend peur. Elle alerte les tours de contrôle voisines et les autres avions en vol, affirme le Dg de l’Autorité aéronautique. Aucune trace de l’appareil de Kenya Airways n’est signalée. Les responsables de l’Agence pour la sécurité de la navigation aérienne en Afrique et Madagascar (Asecna) sont informés de la perte de contact du vol KQ 507, ainsi que les autorités administratives camerounaises. L’alerte est maximum et la nuit très longue pour les responsables de transport aérien. Dans les familles des occupants de ce vol, l’on dort sur les deux oreilles en attendant d’être reveillé par le coup de téléphone confirmant l’arrivée de son correspondant à destination. Le Centre mondial de coordination des recherches et de sauvetage (Fmcc) de Toulouse en France est saisi. A 00h44, le Fmcc reçoit un message indiquant la réception d’un signal de détresse par satellite au point de coordonnée 03° 23’07. – 011° 03'033’’. Selon une expertise, “ ce point positionné sur la carte de navigation se trouve à 70 Km au Sud-Ouest de Yaoundé, soit dans la zone de Mvengue ”.
– La découverte macabre
Les 12 missions de recherches lancées dans la forêt de la province du Sud, à environ 200 Km de Douala où est parti l’avion deux minutes seulement après, rentrent bredouilles samedi à la tombée de la nuit. Elles remettent le vieux disque dimanche matin, parce que les autorités camerounaises n’ont pas révisé leurs positions. Mais “ pour avoir longtemps cherché sans trouver, on finit par trouver sans chercher.” Cette prophétie de Henri Poincaré va se concrétiser. Car après des multiples efforts de recherches infructueuses dans la plupart des villages de la province du Sud, un anonyme chasseur, dit-on, fait la découverte macabre dimanche, comme par hasard. L’épave et les restes de corps des occupants du Boeing 737-800 de Kenya Airways ont été retrouvés dans la mangrove à Mbanga Pongo, à 5,42 Km de l’aéroport de Douala. Difficile cependant de donner l’heure exacte de cette découverte. Toujours est-il que, la première descente des autorités administratives locales accompagnées du ministre kenyan des Transports sur le site de l’impact, se fait le dimanche 6 mai dans la nuit.
Ce dimanche nuit, les recherches ne peuvent pas commencer. Le Cameroun n’a pas un arsenal approprié. Il faut attendre lundi matin. Les premières équipes constituées de policiers, gendarmes, sapeurs pompiers, secouristes de la Croix rouge, etc. arrivent très tôt sur cette clairière non loin de Douala. Ils reçoivent la visite du secrétaire d’Etat au ministère camerounais des Transports. La zone est d’accès difficile.
Les fouilles engagées débouchent sur la découverte des restes de corps des occupants rassemblés dans des colis et de l’une des deux boîtes noires de l’appareil. Deux jours plus tard, mercredi 9 mai, dans la nuit, les populations de Mbanga Pongo sont été surprises par la visite d’une horde de membres du gouvernement. Depuis, ils ne sont pas arrivés sur le site de la catastrophe aérienne. Une dizaine de jours après le crash du Boeing 737-800 de Kenya Airways, la ministre camerounaise de la Promotion de la femme et de la famille rend visite à certaines familles des victimes à Douala.
Sur le site de l’impact, les fouilles se sont poursuivies. La balise de détresse détériorée ainsi que la check-list du commandant de bord ont aussi été retrouvées. Un total de 158 colis de restes des victimes ont jusqu’à ce jour été extraits des décombres. Au soir du 16 mai, 107 familles avaient déjà visité le site du crash. Aujourd’hui (18 mai), les cérémonies interreligieuses à l’occasion de la journée de deuil national sont organisées sur le site du crash. Une espèce de messe de requiem pour les 114 disparus du vol KQ 507 de Kenya Airways. »
Noé Ndjebet Massoussi
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