1er août 1943 : Raid américain sur Ploesti. L’opération
Tidal Wave (en français :
Raz-de-Marée) est un bombardement stratégique de grande envergure effectué par l’USAAF, le dimanche 1er août 1943, contre le complexe pétrolier roumain de Ploesti, lequel était la principale source de carburant pour les forces de l’Axe. Bien que taxée d'échec - à cause de ses lourdes pertes - cette mission demeure exceptionnelle par l’impact qu’elle eut sur le moral des Allemands.
Stalingrad a marqué en février 43 le début du déclin de l’Axe. L’échec de Stalingrad est aussi celui de la course au pétrole en direction de Bakou et de la Caspienne. Il ne reste à Hitler que les champs pétrolifères roumains de la région de Ploesti. Staline, qui commence à repousser les Allemands sur un front de 3.000 km, s’essouffle et demande aux Etats-Unis d’intervenir en faveur de l’Armée Rouge.
L’approvisionnement en carburant du Reich dépend alors essentiellement de la Roumanie, dont le principal complexe se trouve dans la région de Ploesti, érigé à grand frais à l’aide de capitaux étrangers, notamment américains, néerlandais, français et italiens. Quarante-deux raffineries, rassemblées en huit grands complexes, furent ainsi bâties autour de la ville de Ploesti.
En 1941, Antonescu rallie l’Axe sous la pression de ses voisins hongrois et bulgares. Les Allemands se précipitent et investissent Ploesti. La DCA est très vite renforcée, constituant deux lignes de défense, l’une à 3 km des raffineries, l’autre à 15 km. Les canons allemands à eux seuls formaient 42 batteries (5 de 20 mm et 37 mm, 32 de 88 mm et 5 de 105 mm). L’Axe disposait aussi de deux trains de Flack. Les canons roumains étaient aussi nombreux (40 batteries). Ce dispositif était complété par 58 ballons et l’ensemble était guidé par 16 stations radar de type « Freya » et « Würzburg ».
L’aviation se composait d’un groupe de la Jagdgeschwader (sur Bf 109), de la première escadrille de chasse de nuit roumaine (sur Bf 110) et d’au moins quatre escadrilles roumaines équipées d’IAR 80, avion moderne qui fera ses preuves lors de ce combat.
Pour « motiver » les équipages participant à cette attaque, on prétendra que ce seul raid suffirait pour « réduire la guerre de 6 mois ». Pour cette opération, pas moins de 5 groupes de bombardement furent désignés, soit en tout près de 200 avions (bombardiers lourds B-24 Liberator). La mission allait être effectuée par la 9th Air Force présente dans le désert libyen, renforcée à l’occasion par une partie de la 8th Air Force, basée jusqu’alors en Grande-Bretagne.
Cette mission fut préparée dans le plus grand secret, les équipages multipliant les exercices sur des reproductions des objectifs improvisées dans le désert. La mission, nom de code Tidal Wave, allait être exceptionnelle, tant par sa durée, onze heures, soit la limite de l’autonomie des bombardiers, que par ses objectifs, d’importance vitale. De plus, pour éviter la détection, les appareils devraient voler en rase-motte (pratiquement une première pour un bombardement stratégique) au-dessus d'une zone fortement défendue.
Ce dimanche 1er août 1943, par une chaleur écrasante, les équipages américains s’apprêtent pour leur mission. Les mécaniciens mettent en état 178 machines, chargées chacune de 12.000 litres de carburant et de deux tonnes de bombes. Bien vite cependant, tout ne se déroule pas comme prévu : un appareil s’écrase au décollage, un autre peu après sur la mer et 12 (ou 13 selon les sources) doivent faire demi-tour prématurément suite à divers problèmes. Lorsque les 165 avions restants arrivent sur les Balkans, ils sont interceptés par deux escadrilles de l’aviation bulgare qui ne peuvent cependant les atteindre. Les nuages sur les montagnes vont alors scinder la formation, deux groupes (376th et 93rd) passant au-dessus, les trois autres continuant à l’altitude prévue.
Lors de l’arrivée en Roumanie se produit alors un événement qui alimente encore la polémique aujourd’hui. En effet, la formation de tête, guidée par le 376th groupe, censée attaquer la raffinerie construite à partir de l’argent américain, vire trop tôt, entraînant à sa suite deux autres groupes. L’avion de tête semble s’être trompé, les autres s’en rendant compte rapidement, comme le prouvent les rapports officiels des équipages, mais suivent malgré tout leur leader. Les responsables américains furent longtemps « ennuyés » par ce « détail » et la propagande allemande se saisit bien vite de l’affaire.
L’opération se poursuit donc dans la plus grande confusion, les appareils de trois groupes ne trouvant plus leurs objectifs assignés. Si le complexe de Ploesti est évidemment atteint par tous, les bombes tombent un peu au hasard. La défense semble se réveiller à ce moment mais souffre d’un grave problème : en ce dimanche, seule les équipes de garde sont présentes, que ce soit au niveau de la Flack ou de l’aviation. De plus, 250 des 750 projecteurs de fumées sont en maintenance, de même qu’une quinzaine de ballons (sur 58). Cependant, toutes incomplètes qu’elles furent, les défenses prirent leur tribut. Les IAR 80 de garde furent vite épaulés par des Bf 109 et même par des Bf 110 de chasse de nuit, rajoutant à la furie des combats.

À ce moment surviennent les deux groupes de bombardiers ayant, on s’en souvient, survolé les nuages et qui eux n’auront pas commis l’erreur de navigation de leurs homologues. Leur arrivée rajoute encore à la confusion et bien peu d’avions bombarderont leurs cibles pré-désignées. Une fois leur mission accomplie, les appareils n’en sont pas quittes pour autant : nombre ont été endommagés, par la DCA ou les chasseurs, cela même alors que ces derniers sont toujours bien présents.

Le vol de retour sera bien long, « agrémenté » par quelques rencontres : d’abords les avions bulgares, des Avia périmés, mais cette fois bien placés pour une rapide interception qui semble causer une perte dans les rangs américains. Ensuite, c’est au tour de la 610e escadrille bulgare, équipée elle de modernes Bf 109 G-6, et qui causera 2 pertes. Enfin, alors que les B-24 pénètrent l’espace aérien grec, ils sont pris à partie par le IV/JG27, perdant quatre des leurs.
Les sorts des avions américains seront divers : certains regagneront l’Afrique (88, dont seulement 33 en bon état), d’autres la Sicile, Chypre ou Malte (23 en tout). 8 autres seront internés en Turquie (neutre). De même, 36 avions furent détruits sur la Roumanie, 8 s’écrasèrent en Bulgarie (6 étant abattus par la chasse locale) et deux furent perdus sur accident à l’aller. Soit 45 pertes en combat, 58 toutes causes confondues, c'est-à -dire 32,5 % des effectifs engagés. Ou encore 302 tués parmi les équipages et 132 prisonniers, plus 75 internés. Un très lourd bilan donc pour les Américains, comme le rappellent les cinq Medal of Honor distribuées au cours de cette mission (le plus grand nombre à ce jour) qui vit le plus gros taux de perte de l’USAAF.
Pour les forces de l’Axe, le bilan est lui aussi élevé : 7 avions détruits et 10 endommagés, en comptant les appareils bulgares et ceux basés en Grèce. Enfin, concernant les objectifs de la mission : deux raffineries ont été intégralement détruites, trois autres étant gravement endommagées. 78 victimes seront à déplorer en Roumanie, notamment dans l’incendie d’un pénitencier pour femmes touché par la carcasse d’un B-24 abattu. Si l’on considère les nombreuses difficultés posées par la mission, on peut bel et bien parler de succès américain même s’il fut cher payé. D’un côté comme de l’autre, cette mission apporta également de nombreuses leçons. Les Alliés allaient s’en souvenir lors de leur campagne de bombardement dans le même secteur l’année suivante tandis que les Allemands renforceront les défenses et mirent sur pieds des équipes de travailleurs chargés de reconstruire rapidement les installations détruites. De plus, de nombreux murs seront bâtis entre ces mêmes installations, pour limiter l’effet de souffle des bombes.
Enfin, les Allemands avaient la preuve que ce qu’ils redoutaient depuis longue date pouvait se produire et que leur approvisionnement était vulnérable. Et le raid du 1er août ne fut pas unique, les Américains vont revenir achever le travail à trois reprises au cours de l’été.