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Deux missiles sol-air de fabrication soviétique, de type SAM 18, importés en Europe restent introuvables.
Acquises en 2002 par un groupe d'islamistes français et algériens auprès de la mafia tchétchène, ces armes sont au centre d'un projet terroriste visant à abattre un avion civil à proximité d'un aéroport de l'Hexagone. Jusqu'à présent, le juge Bruguière, qui enquête sur cette cellule d'islamistes radicaux, les soupçonnait d'avoir préparé des attentats chimique ou bactériologiques à Paris. Mais le témoignage d'un haut responsable d'al-Qaida détenu en Jordanie a révélé que ce groupe entraîné en Tchétchénie avait d'autres projets criminels.
Des islamistes français auraient l'intention de commettre des attentats contre des avions civils dans l'Hexagone et se seraient procuré à cette fin deux missiles sol-air en Tchétchénie. Ce n'est que le dernier rebondissement de l'enquête judiciaire du juge Jean-Louis Bruguière sur les filières tchétchènes, l'une des plus riches et des plus complexes de ces dernières années.
Déjà soupçonnés de préparer des attentats chimiques ou bactériologiques avec des substances toxiques, comme du cyanure, de la toxine botulinique ou de la ricine, ces militants ont également des projets criminels contre les aéroports français. Si une grande partie d'entre eux ont été interpellés par la DST entre 2002 et 2004, quelques individus ont échappé aux coups de filet. Et nul ne sait aujourd'hui si les missiles de type SAM 18 acquis en 2002 ont été détruits, emportés dans d'autres pays européens ou tout simplement stockés quelque part en France en vue d'un futur attentat.
L'information est d'autant plus inquiétante qu'elle émane du témoignage d'un haut responsable djihadiste emprisonné à Amman (Jordanie) et entendu récemment dans le cadre de l'enquête judiciaire française. Ce Jordanien, Adnan Muhammad Sadik alias Abou Atiya, est un proche de son compatriote Zarqaoui, chef d'al-Qaida en Irak. Il était surtout son représentant dans le Caucase. En ces années 2000-2001, et tout particulièrement après la chute des talibans et la fin des camps d'al-Qaida en Afghanistan, le rôle d'Abou Atiya consista à reprendre le flambeau pour accueillir les djihadistes et veiller à leur entraînement. Une fois leur formation accomplie, les recrues repartaient dans leurs pays d'origine ou formaient des cellules dormantes dans des Etats voisins comme la Turquie ou l'Azerbaïdjan.
Parmi beaucoup de volontaires des quatre coins du monde, Abou Atiya accueille ainsi en 2001 un groupe composé de Français et d'Algériens. Une partie d'entre eux sont des vétérans d'Afghanistan. La plupart ont participé au projet d'attentat contre la cathédrale de Strasbourg à la fin 2000. Certains ont même des liens avec ceux qui voulaient faire sauter l'aéroport de Los Angeles un an plus tôt. Le chef jordanien noue une relation privilégiée avec l'Algérien Said Arif. Né en 1965 à Oran, ce lieutenant de l'armée algérienne, qui a choisi la désertion, a séjourné dans les camps afghans d'al-Qaida. Après avoir échappé aux polices allemande et française, il se réfugie dans le Caucase.
Les islamistes franco-algériens ne rêvent que d'une chose : revenir en Europe pour frapper. Ils comptent faire usage de tous les moyens à leur disposition : des produits toxiques mais aussi des missiles. Un lot de SAM 18 Igla (aiguille) est acquis sur le marché noir via la mafia tchétchène. Plus performants que les SAM 7 Strela (flèche) dont ils sont dérivés, les Igla ne sont pas difficiles à trouver dans ce vaste supermarché de l'armement qu'est l'ancienne Union soviétique. Une fois acquis, les SAM auraient été envoyés en Europe via la Géorgie et la Turquie. Le cyanure a suivi la même route et est arrivé en France.
Vétérans d'Afghanistan
Les terroristes préparent alors leurs projets, hésitant entre des cibles symboliques (ambassade de Russie, commissariats) et des attentats sanglants (grands magasins, Tour Eiffel...). Quand la DST interpelle le gros de la troupe à La Courneuve et à Romainville à la fin 2002, elle retrouve un système de mise à feu. Il faudra encore attendre des mois pour que l'hypothèse d'un attentat chimique se précise. Mais pas de trace de missile.
Pourtant, en février 2003, deux mois après le coup de filet de la banlieue parisienne, et tout juste un mois après une opération britannique contre des djihadistes revenus du Caucase, l'aéroport londonien d'Heathrow est placé en alerte rouge. Selon un renseignement recueilli outre-Manche, des islamistes s'apprêtaient à tirer sur un avion à l'atterrissage ou au décollage. Et le «tuyau» obtenu par le célèbre service de contre-espionnage britannique M I5 signalait des missiles sol-air portables «venus du continent».
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